Le Vitrail Absinthe Oxygénée Cusenier

L’histoire des vitraux de la Cure d’Air Trianon à Nancy est un exemple fascinant de rencontre entre art, architecture et publicité à la Belle Époque, en plein essor de l’Art nouveau.


🌿 Un lieu de loisir devenu atypique

La Cure d’Air Trianon, située sur la côte de Malzéville près de Nancy, est créée en 1902 par Louis Royer, déjà propriétaire d’un café en ville. L’idée : offrir à une clientèle bourgeoise un lieu élégant mêlant promenade, restauration et panorama.

Le projet architectural est confié à Georges Biet, qui conçoit un grand hall lumineux où le verre et le métal jouent un rôle central — une approche très moderne pour l’époque.

Mais le succès est de courte durée : dès 1906, les difficultés financières apparaissent. Le lieu change de fonction, devient maison de repos, puis ferme rapidement avant d’être transformé par Auguste Bichaton.


🎨 Henri Bergé et les vitraux publicitaires

Les vitraux sont réalisés par Henri Bergé, figure importante de l’École de Nancy. Il entre chez Daum en 1897, il devient chef décorateur en remplacement de Jacques Gruber.

Son travail ici est particulièrement original :

  • 22 verrières à l’origine
  • organisées en frise publicitaire autour du grand hall
  • conçues comme de véritables affiches en verre

Chaque vitrail présente une boisson vendue sur place :

  • Cointreau
  • champagne
  • rhum
  • cassis
  • lait, eau…
  • et bien sûr l’absinthe
Vitraux en place avant conservation
vitrail pour l’Absinthe Oxygénée Cusenier
Vitrail pour le Champagne Canard Duchene

Ces compositions sont encadrées de chardons lorrains (symbole régional) et souvent accompagnées de figures féminines, dans un style qui évoque les affiches de Henri de Toulouse-Lautrec.

👉 Le vitrail devient ici :

  • décoratif
  • architectural
  • publicitaire

C’est assez rare pour l’époque, et encore plus rare d’avoir en sa possession un modèle.

Vitrail de ma collection – épreuve d’atelier

🧪 Le vitrail de l’absinthe oxygénée Cusenier

Parmi ces verrières, celle consacrée à l’absinthe oxygénée Cusenier est particulièrement intéressante.

Vitrail en plexiglass exposé lors des journées nationales du patrimoine

Pourquoi “absinthe oxygénée” ?

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, l’absinthe est très populaire… mais aussi de plus en plus critiquée pour ses effets supposés dangereux. Les fabricants cherchent alors à rassurer :

  • le terme “oxygénée” évoque une boisson plus pure, plus saine
  • c’est un argument marketing, presque médical
  • parfaitement cohérent avec le lieu, devenu cure de repos

👉 On est donc à la frontière entre :

  • publicité commerciale
  • discours hygiéniste
  • esthétique artistique

Composition du vitrail

Même si les détails précis varient, on retrouve généralement :

  • une figure féminine élégante, servant ou présentant la boisson
  • une mise en scène séduisante, typique des affiches
  • la mention du produit (Absinthe Cusenier)
  • l’inscription “en vente ici
  • un encadrement végétal stylisé (chardon)

Ce vitrail fonctionne comme une affiche lumineuse permanente, visible depuis toutes les tables.


Un objet rare et hybride

Ces vitraux sont aujourd’hui précieux pour plusieurs raisons :

Ils témoignent de l’intégration totale du décor dans l’architecture (principe clé de l’École de Nancy) et l’essor de la publicité moderne

Ils sont aussi très fragiles. Ma pièce est sûrement une épreuve d’atelier pour la réalisation des vitraux grands formats. Ces derniers ont été abîmés par le temps et le vandalisme et déposés en 1993 pour restauration.


Ce qui rend le vitrail Cusenier unique

Mon vitrail de l’absinthe oxygénée Cusenier est particulièrement intéressant car il concentre plusieurs tensions de son époque :

  • fascination pour la nature (style Art nouveau)
  • succès social de l’absinthe
  • naissance de la publicité persuasive

C’est donc à la fois, une œuvre d’art, une affiche commerciale et un témoignage culturel sur la place de l’absinthe dans la société.

Un commentaire

  1. Très bel article pour une pièce d’exception. Ce trianon n’a pas eu malheureusement le succès qu’il méritait. Merci pour le travail et le partage. Bonne continuation.

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