
Au XVIIIe siècle, à Couvet dans le Val de Travers en Suisse, vivait Henriette Henriod, connue sous le nom de Mère Henriod. Elle préparait des remèdes à base de plantes, dont un élixir contenant de l’absinthe, qu’elle faisait distiller et vendre par des colporteurs. Ce breuvage était réputé pour soigner divers maux.
En 1797, le major Daniel-Henri Dubied aurait acheté sa recette. Avec son gendre Henri-Louis Pernod, il fonda en 1798 la première distillerie d’absinthe à Couvet. Face au succès grandissant et aux contraintes douanières, ils ouvrirent en 1805 une nouvelle distillerie à Pontarlier, en France.
L’absinthe connut alors un essor rapide. Les distilleries se multiplièrent en France et, dès 1830, la boisson fut exportée vers les colonies. Les militaires l’utilisaient pour ses supposées vertus médicinales, notamment pour prévenir certaines maladies et purifier l’eau. De retour à Paris, ils popularisèrent sa consommation sur les grands boulevards. L’« heure verte » devint une mode adoptée par les artistes et la société parisienne.
À partir de 1880, après la destruction d’une grande partie du vignoble français par le phylloxéra, l’absinthe se répandit dans toutes les couches de la population. Elle remplaça souvent le vin chez les ouvriers et les paysans, ce qui entraîna une forte augmentation de la production et une baisse de qualité. Certains fabricants ajoutaient des substances toxiques pour accroître leurs volumes.
La production passa de 700 000 litres en 1874 à 36 millions de litres en 1910. Cette consommation massive provoqua de nombreux cas d’alcoolisme. Le lobby du vin, allié aux mouvements anti-alcooliques, accusa alors l’absinthe et la thuyone qu’elle contient de provoquer la folie, alors que les troubles étaient surtout liés à l’abus d’alcool.
Cette période prit fin avec l’interdiction de l’absinthe, d’abord en Suisse en 1910, puis en France en 1915.